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De
plusieurs lecteurs (par Internet)
• Le projet
de jonction CEVA, à Genève, est-il un mauvais compromis ?
Présenté dans CdR
n°340-341, le projet de jonction CEVA (Cornavin - Eaux-Vives -
Annemasse) toujours en gestation depuis un siècle, semble un
mauvais compromis, ce qui explique que depuis un siècle il n’a
pas été réalisé :
— relations interrégionales trop lentes en raison d’un parcours
sinueux, de stations très rapprochées et d’un
rebroussement à Annemasse ;
— desserte interne du centre de Genève insuffisante depuis
Annemasse ;
— coût particulièrement élevé pour les
contribuables par rapport à d’autres alternatives.
La solution serait de dissocier les relations interrégionales et
transfrontalières avec deux liaisons nouvelles :
— jonction ferroviaire entre La Praille et la ligne SNCF Bellegarde -
Annemasse (raccordement au niveau de Veyrier), complétée
par un raccordement direct à Etrembières ;
— tramway express entre Annemasse et les Eaux-Vives, avec services
étendus sur le réseau actuel.
Traversant des zones moins denses que le tracé retenu pour CEVA,
la section La Praille - Veyrier pourrait être
réalisée à l’air libre avec tranchées
couvertes. La section existante Veyrier - Etrembières serait
à mettre à double voie.
Directement relié au réseau urbain, le tramway express
Eaux-Vives -Annemasse serait établi à double voie
métrique, exploité par du matériel urbain apte
à 80 km/h.
Une variante “trams-trains” pourrait être étudiée
(permettant la relation directe Evian - Cornavin), avec ici la
mise à double voie normale de la section Annemasse - Eaux-Vives
et la construction d’une ligne urbaine à voie normale
jusqu’à Cornavin par le pont du Mont Blanc. Mais les Genevois
accepteront-ils d’y voir circuler des rames de 40 m au gabarit de
2,65 m ?
Réponses de
Michel Comte,
ingénieur
à Genève
— «
parcours sinueux » : le tracé de CEVA autorise 90 à
100 km/h, ce qui est commun sur de nombreuses lignes CFF (et
supérieur aux normes du RER parisien), suffisant pour un
parcours de 15 km avec 6 arrêts ;
— «
stations très rapprochées » : s’agissant de
bâtir un RER, il faut que la desserte de l’agglomération
soit correcte (interstations moyennes de 2,14 km). Le relations de type
grandes lignes s’arrêteront seulement à Pont Rouge et
Eaux-Vives, soit des interstations de 5 km ;
— «
rebroussement à Annemasse » : seulement pour les relations
avec la vallée de l’Arve, mais pas pour les relations
Genève - Évian ; le matériel automoteur
prévu limite les inconvénients de ce rebroussement. Un
raccordement direct vers la vallée de l’Arve, dans le secteur
d’Ambilly, n’est pas à l’ordre du jour pour une question de
coût (entièrement souterrain en zone urbaine dense) ;
— «
desserte interne du centre de Genève insuffisante depuis
Annemasse » : le RER apportera des relations directes
inexistantes aujourd’hui entre la Haute-Savoie et l’Hôpital
cantonal (le premier employeur du Canton), la zone d’activités
de La Praille et des relations plus rapides avec le secteur
Cornavin-Organisations internationales ; la desserte directe de
l’Aéroport depuis Annemasse sera une des retombées du
projet ;
— «
coût particulièrement élevé pour le
contribuable » : le projet CEVA a été traité
au coût minimum avec quelques notoires réductions : gare
des Eaux-Vives à 2 voies au lieu de 4, station de
Lancy-Pont-Rouge provisoirement à voie unique.
— «
jonction ferroviaire directe entre La Praille et la ligne SNCF
Bellegarde - Annemasse » : traversant un espace rural, sa
construction serait plus facile (sauf pour le doublement entre Bossey
et Etrembières) ; cet espace est très peu peuplé
et ne justifie pas d’arrêt intermédiaire. Mais ce serait
surtout un nouveau projet, non couvert par la Convention de 1912, donc
n’engageant pas la Confédération ; il faudrait repartir
de zéro pour un processus d’au moins dix ans, dans un climat
suisse de compétition aiguë entre projets ferroviaires et
contraintes budgétaires, les discussions actuelles portant sur
l’horizon 2030 ;
— «
raccordement direct à Etrembières » : ce
raccordement souterrain a été envisagé par la SNCF
pour raccourcir les relations grandes lignes vers la vallée de
l’Arve et Chamonix. Si son utilité peut être
prouvée, son coût reste prohibitif ;
— «
tramway express entre Annemasse et les Eaux-Vives » : ce service
de type RER ne pouvait répondre à son objectif,
étant appelé à circuler dans les “rues basses”
entre la Vieille ville et le Rhône, où trois lignes de
tramway arrivent à peine à la vitesse de 15 km/h et
cohabitent avec des lignes de trolleybus et d’autobus. À noter
qu’en complément de CEVA, le prolongement du tramway entre la
frontière (Moillesulaz) et le centre d’Annemasse est
considéré aujourd’hui comme prioritaire et a le soutien
de la Confédération ;
— «
variante “trams-trains” avec ligne urbaine à voie normale par le
pont du Mont-Blanc » : des pistes
réservées, voire le retour de voies de tramway sont
envisagés sur le pont du Mont-Blanc mais refusés par les
milieux pro-voiture ; ceux-ci accepteraient en échange la
construction d’une traversée routière de la rade ou du
Lac, en discussion depuis plus de vingt ans et qui se profile à
l’horizon 2030.
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